Couple interculturel : pourquoi les différences deviennent-elles plus difficiles après quelques années ?
Au début d’un couple interculturel, les différences peuvent justement faire partie de ce qui attire. Une autre langue, une autre façon de vivre, des habitudes familiales différentes, une manière nouvelle de voir le monde… Tout cela peut nourrir la curiosité et donner le sentiment que la relation nous ouvre à quelque chose de plus grand.
Puis les années passent.
Des différences qui semblaient intéressantes deviennent parfois irritantes. Certaines commencent même à provoquer des conflits récurrents : la place de la belle-famille, l’éducation des enfants, l’argent, la religion, les vacances, la manière d’exprimer ses émotions ou encore ce que chacun considère comme normal dans une famille.
Et une question apparaît parfois : « Pourquoi cela nous pose-t-il problème maintenant, alors qu’au début, nous arrivions si bien à vivre avec nos différences ? »
Ce changement ne signifie pas nécessairement que vous vous êtes trompés de partenaire. Il peut simplement indiquer que votre couple est entré dans une autre étape de son histoire.
Dans un couple interculturel, les différences étaient déjà là
Lorsque nous tombons amoureux, nous ne découvrons pas immédiatement tout ce qui constitue l’autre.
Au début d’une relation, nous avons naturellement tendance à nous concentrer davantage sur ce qui nous rapproche. Avec le temps, l’idéalisation diminue et chacun retrouve aussi davantage son individualité. Les différences deviennent alors plus visibles.
C’est un phénomène que l’on retrouve dans beaucoup de couples. Mais dans un couple interculturel, certaines différences peuvent concerner des dimensions particulièrement profondes de l’identité : la famille, la langue, les traditions, la religion, les rôles familiaux ou la façon dont nous avons appris à aimer et à prendre soin des autres.
Le problème n’est donc pas simplement que « vous êtes français et votre partenaire est brésilien », par exemple.
Deux personnes du même pays peuvent avoir des cultures familiales extrêmement différentes. À l’inverse, deux personnes nées dans des pays différents peuvent partager de nombreuses valeurs.
Chaque partenaire arrive dans la relation avec une histoire : celle de son enfance, de ses parents, de sa famille et des modèles de couple qu’il a observés. Ce que nous appelons « culturel » est donc souvent un mélange de culture nationale, de milieu social, de religion, de génération, d’éducation et surtout de culture familiale.
C’est pourquoi il est utile de se demander non seulement : « Quelle est la culture de mon partenaire ? », mais aussi : « Dans quelle famille a-t-il appris que les choses devaient fonctionner ainsi ? »
Les enfants rendent souvent les différences culturelles beaucoup plus concrètes
Avant d’avoir des enfants, certaines différences peuvent rester relativement abstraites.
Vous pouvez célébrer Noël de deux manières, manger différemment ou alterner les vacances entre deux pays. Chacun conserve une partie importante de son fonctionnement.
Avec l’arrivée d’un enfant, les différences doivent souvent être transformées en décisions.
Dans quelle langue allons-nous lui parler ? Quelle place donner à la religion ? Comment réagir lorsqu’il désobéit ? À quelle heure doit-il se coucher ? Quelle autonomie lui donner ? Quelle place doivent avoir les grands-parents ? Quelles traditions voulons-nous transmettre ?
La littérature sur les couples interculturels retrouve justement la parentalité parmi les moments où les différences culturelles peuvent devenir particulièrement visibles.
Et derrière une dispute qui semble concerner une règle éducative se trouve parfois quelque chose de beaucoup plus intime.
Si vous dites : « Chez moi, on ne parle pas comme ça à ses parents », vous ne défendez peut-être pas uniquement une règle. Vous défendez aussi une représentation du respect construite pendant toute votre enfance.
Votre partenaire fait exactement la même chose avec sa propre histoire.
Vous ne discutez donc plus seulement de l’heure du coucher. Deux histoires familiales se rencontrent autour d’un enfant.
Vivre dans le pays de l’autre crée aussi une asymétrie dans le couple interculturel
Il existe une autre difficulté dont on parle moins : dans beaucoup de couples interculturels, les deux partenaires ne vivent pas l’interculturalité de la même manière.
Lorsque le couple s’installe dans le pays de l’un des deux, celui-ci conserve généralement davantage de repères. Il connaît la langue, les codes sociaux, les institutions et possède souvent sa famille ou des amis à proximité.
Pour l’autre, construire cette même stabilité peut prendre des années.
Et lorsque les enfants arrivent, cette différence peut devenir encore plus sensible.
Imaginez une mère qui élève ses enfants à plusieurs milliers de kilomètres de ses propres parents, de ses frères et sœurs et de ses amis d’enfance. Son partenaire peut être très présent et aimant, mais il ne peut pas remplacer tout un réseau.
Pendant ce temps, la belle-famille peut être disponible à quelques kilomètres.
Cela crée parfois un déséquilibre difficile à expliquer : « Nous avons construit cette vie ensemble, mais j’ai parfois l’impression de vivre dans ta vie. »
Les recherches sur l’acculturation montrent effectivement que l’adaptation culturelle, la langue, le sentiment d’être étranger et le stress associé peuvent avoir des répercussions sur la qualité des interactions conjugales. Ces effets sont complexes : le stress extérieur peut fragiliser la relation, mais il peut aussi rapprocher les partenaires lorsque le couple parvient à y répondre avec solidarité.
C’est une distinction importante.
Le problème n’est pas nécessairement la différence culturelle elle-même. La question est aussi de savoir si chacun se sent accompagné par l’autre lorsqu’il doit vivre avec cette différence.
Après quelques années, la belle-famille peut devenir un sujet beaucoup plus sensible
La relation à la belle-famille illustre très bien ce phénomène.
Au début, certaines habitudes peuvent sembler secondaires. Mais lorsqu’il faut organiser les vacances, élever les enfants, accompagner des parents vieillissants ou décider combien de fois la famille viendra à la maison, les choses deviennent concrètes.
Et l’asymétrie géographique peut encore compliquer la situation.
La famille qui habite à proximité peut être très présente dans le quotidien. L’autre famille, située à plusieurs centaines ou milliers de kilomètres, sera vue quelques fois par an.
Celui qui vit loin des siens peut alors ressentir un manque important, tandis que son partenaire peut avoir l’impression de faire déjà beaucoup d’efforts.
À l’inverse, une belle-famille très présente peut être vécue comme du soutien par l’un et comme une intrusion par l’autre.
Il n’est pas nécessaire de décider quelle famille possède « la bonne manière » de fonctionner.
Il est plus utile de comprendre ce que cette proximité ou cette distance signifie pour chacun.
Dans une perspective systémique, chacun arrive dans le couple avec ses expériences familiales et une représentation de ce que doit être une famille. Ces modèles continuent à influencer la relation actuelle.
Le véritable travail consiste à construire une troisième culture
Un couple interculturel durable ne peut probablement pas résoudre toutes ses difficultés en choisissant constamment entre « ma culture » et « ta culture ».
Il lui faut progressivement construire quelque chose d’autre : notre manière de fonctionner.
La littérature consacrée aux couples interculturels parle notamment de third culture building : la construction d’une culture propre au couple, qui ne demande pas à l’un d’abandonner ses références pour adopter celles de l’autre.
C’est aussi très cohérent avec la vision systémique du couple que j’utilise dans mon travail : il existe deux individus, mais également une troisième entité, le couple.
Vous pouvez donc vous poser quelques questions simples ensemble :
Qu’est-ce qui est vraiment important pour moi dans ce que j’ai reçu de ma famille ?
Qu’est-ce que je souhaite transmettre à nos enfants ?
Qu’est-ce que je ne souhaite justement pas reproduire ?
Qu’est-ce qui est essentiel pour mon partenaire ?
Quelles habitudes pouvons-nous inventer qui ne viennent entièrement ni de sa famille ni de la mienne ?
Lorsque nos deux modèles sont incompatibles, qu’est-ce qui serait bon pour notre famille aujourd’hui ?
La réponse n’est pas forcément 50 % d’une culture et 50 % de l’autre.
Elle doit surtout être suffisamment juste pour que chacun puisse reconnaître quelque chose de lui-même dans la vie construite ensemble.
C’est là que la solidarité devient essentielle.
Vous n’avez pas besoin de ressentir la culture, la famille ou le pays de votre partenaire comme lui les ressent. En revanche, vous pouvez chercher à comprendre ce que cette expérience représente pour lui et éviter de le laisser seul face aux conséquences des choix que vous avez faits ensemble.
Après plusieurs années, un couple interculturel n’est donc pas nécessairement confronté à davantage de différences qu’au début. Ce sont souvent les enjeux qui sont devenus plus importants.
Il ne s’agit plus seulement de découvrir l’autre. Il faut désormais élever des enfants, organiser une famille, prendre des décisions, maintenir des liens avec deux histoires familiales et parfois construire toute une vie dans le pays de l’un des partenaires.
La question évolue alors : comment pouvons-nous construire une vie qui appartienne réellement à tous les deux ?
Si vous avez le sentiment que les mêmes conflits culturels ou familiaux reviennent sans cesse et que vous ne parvenez plus à vous comprendre, la thérapie de couple peut offrir un espace pour regarder ce qui se joue derrière ces désaccords. Je vous accompagne en ligne pour mieux comprendre vos dynamiques relationnelles et chercher ensemble un fonctionnement dans lequel chacun peut trouver sa place, sans devoir renoncer à ce qui compte profondément pour lui.
Pour aller plus loin, voici quelques références utiles sur le sujet
Hou, Y., Neff, L. A. & Kim, S. Y. Language Acculturation, Acculturation-Related Stress, and Marital Quality in Chinese American Couples. Disponible sur : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC5917617/
Psychology Today. Building a Successful Intercultural Marriage and Family. Disponible sur : https://www.psychologytoday.com/us/blog/experimentations/202401/building-a-successful-intercultural-marriage-and-family
Cairn.info. Redéfinir les différences : la transculturalité comme vision pour la thérapie de couple. Disponible sur : https://shs.cairn.info/mobilites-et-migrations–9782710146520-page-33?lang=fr







